Martin Niemöller, prisonnier personnel de Hitler

Achetez sur Librairie Jean Calvin.fr!Parmi les livres à ne pas manquer ce printemps se trouve une biographie du pasteur Martin Niemöller. Bien moins connu en France que son collègue et ami Dietrich Bonhoeffer, il méritait cependant que l’on consacre un livre à son étonnante trajectoire. Frédéric Rognon l’a fait.

 

Martin Niemöller a passé huit ans en camp de concentration sur ordre d’Hitler, pour s’être opposé à la mainmise du Reich sur l’Église protestante allemande, mais aussi parce qu’il désapprouvait le sort réservé aux juifs. Martin Niemöller devient ainsi la figure de proue du Kirchenkampf (le « combat interne de l’Église ») et de l’Église confessante, dont il incarne « l’aile radicale ».

Le premier mérite de la biographie est de nous montrer qu’il n’y était pas prédisposé. Militaire de carrière avant de devenir pasteur, Niemöller est à l’origine un nationaliste qui accueille avec joie l’arrivée de Hitler au pouvoir. Mais il perçoit malgré tout la perversité du système nazi et s’engage jusqu’à devenir le « prisonnier personnel » du Führer. L’auteur nous conduit ainsi à l’origine de l’une des principales formes de résistance allemande à Hitler, la manière dont elle se structure face aux Deutsche Christen (la résistance des synodes, comme celui de Barmen (29-31 mai 1934), est d’abord théologique).

L’autre mérite de la biographie, bien qu’elle ne s’attarde pas sur les conditions de détention à Sachsenhausen et Dachau, est de mettre l’accent sur la vie spirituelle du pasteur emprisonné, mais aussi sur ses convictions théologiques, et notamment sa doctrine de la Croix. Comme de nombreux autres « déportés pour la foi » protestants, la foi en Jésus-Christ a clairement été pour lui un rempart contre la déshumanisation et une source de persévérance.

Enfin, la biographie montre aussi les évolutions ultérieures à la guerre du pasteur Niemöller, qui n’est pas la partie la moins intéressante. Héraut d’une repentance par rapport au mal commis, il insiste, surtout, sur le bien qui n’a pas été fait, par passivité. Frédéric Rognon souligne ainsi l’interprétation originale des paroles de Jésus: si vous n’avez pas donné un verre au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. Il souligne de la même manière l’incapacité à discerner dans les communistes, les Juifs, etc., ceux qui étaient les opprimés, d’où le célèbre poème :

Quand les nazis sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit ;
je n’étais pas communiste.
Quant ils ont jeté en prison les sociaux-démocrates
je n’ai rien dit ;
je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher,
il n’y avait plus personne
pour protester.

Cette évolution le conduira vers un pacifisme radical. Personnalité charismatique, entière et courageuse, le pasteur de Dahlem peut désormais être découvert en français dans sa complexité, grâce à cette biographie claire et rapide (155pp.)

Stéphane Zehr

 

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