Une Église dans la rue ? Une histoire de l’Armée du Salut (I)

Dans une mini-série qui nous mène des faubourgs miséreux de l’East End à San Francisco, Pierre-Yves Kirschleger nous conte l’histoire de l’Armée du Salut, cette « Église dans la rue » venue au secours des laissés-pour-compte de la Révolution industrielle. 

Épisode 1: Plus célèbre que connue

 

Une armée de paix

Lorsque l’institut SOFRES demande quelles sont, parmi les organisations qui aident à nourrir les gens en difficulté en France, celles dont le nom est connu – Les Restos du cœur, le Secours catholique, l’Armée du Salut, le Secours populaire, la Banque alimentaire –, 84 % des personnes interrogées connaissent l’Armée du Salut[1]. Au-delà de ce succès d’estime incontestable, l’Armée du Salut est pourtant plus célèbre que véritablement connue, peut-être en raison de son statut à nul autre pareil. L’Armée du Salut est en effet une armée[2], mais une armée de paix, internationale et sans frontières[3] ; on connaît sa lutte contre l’exclusion sociale, mais l’Armée du Salut s’occupe tout autant de santé ou d’éducation[4] ; elle réalise une œuvre sociale et humanitaire très importante, mais elle est avant tout une Église[5] ; elle est une Église de structure hiérarchisée, avec un « général » à sa tête, mais elle  appartient au protestantisme.

 

« Un des phénomènes les plus étranges de notre époque »

Fondée officiellement en 1878[6]en Angleterre, l’Armée du Salut essaime aussitôt et s’établit dès 1879 en Écosse, l’année suivante en Irlande, puis en 1882 aux États-Unis, en Australie, au Canada, en Inde, en 1883 en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud… c’est-à-dire dans les pays anglo-saxons et dans l’empire britannique, expansion favorisée par des raisons linguistiques et par les traditions missionnaires protestantes de ces régions. En Europe continentale, la France est le premier pays à accueillir l’Armée du Salut, en 1881. Cette vaste association internationale est devenue « par sa constitution et ses agissements, un des phénomènes religieux les plus étranges de notre époque », comme le note un observateur cinq ans seulement après sa naissance, en 1883.

Dès ses débuts, l’Armée du Salut inscrit en effet son action hors des cadres traditionnels, hors des paroisses et des églises, pour s’installer sous des tentes, dans des entrepôts ou des cafés : elle s’affirme comme une œuvre « dans la rue ». Pour comprendre l’originalité de ce mouvement, pionnier en bien des domaines, cette contribution propose un parcours en trois temps : une première étape passant par les origines de l’organisation et l’intuition du fondateur ; une deuxième étape passant par la théologie du mouvement, qui se veut explicitement et exclusivement au service du salut des oubliés de la rue ; ce qui nous mènera, pour terminer, à l’analyse des ressorts et des méthodes de cette Église dans la rue.

À suivre…

Pierre-Yves Kirschleger est Maître de conférence  d’histoire contemporaine à l’Université Paul-Valéry, Montpellier.

 

Résidence Albin Peyron – Armée du Salut – Paris XXe

 

[1]Sondage cité par Raymond Delcourt dans l’introduction de son ouvrage, L’Armée du salut, Paris, PUF, coll. Que sais-je ? 2438, 1eédition 1988.

[2]L’Armée du Salut a adopté dès sa création tous les caractères militaires : grades de l’armée britannique (sergent, sergent-major, cadet, lieutenant, capitaine, major, lieutenant-colonel, colonel, commissaire), uniforme, drapeau, discipline, organisation territoriale, langage militaire… Le chef suprême du mouvement, général, est assisté d’un « chef d’état-major » et siège au « quartier général international » de Londres ; dans chaque pays l’organisation est dirigée par un « chef de territoire », assisté d’un « secrétaire du champ de bataille » et de « commandants divisionnaires », etc.

[3]L’Armée du Salut est présente aujourd’hui dans 120 pays.

[4]L’organisation gère à travers le monde 71 hôpitaux et maternités, 292 dispensaires, 64 instituts pour aveugles-sourds et muets, 30 maisons de convalescence. Elle gère 6500 centres sociaux s’occupant aussi bien de l’accueil d’urgence, des femmes, des enfants, des personnes âgées, des prisonniers, que des alcooliques et toxicomanes ; elle gère également 2300 établissements scolaires, de la maternelle à l’université (Source : Armée du Salut, 2014).

[5]Composée de 15.000 postes d’évangélisation, elle annonce l’Évangile en 175 langues et dialectes, grâce à 2,5 millions de soldats et de sympathisants et 160 périodiques édités.

[6]L’acte de fondation date du 7 août 1878, mais l’Armée du Salut naît de la transformation de l’association, appelée « Mission chrétienne », créée une dizaine d’années plus tôt par William Booth.

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