L’abus des écrans : vers une fabrique du crétin digital ?

Michel Desmurget, Docteur en neuroscience cognitive et directeur de l’INSERM, axe depuis quelques années sa réflexion autour des effets des écrans sur le développement cognitif des jeunes générations. Déjà auteur du retentissant TV lobotomie, Desmurget prolonge son étude sur l’ampleur de la consommation numérique des plus jeunes en publiant La fabrique du crétin digital.

 

La réflexion de Desmurget a pour fondement la question centrale de la sincérité et de la réalité documentée des informations concernant la consommation numérique des             « digital native». En effet, au cours de son ouvrage, l’auteur nous retranscrit sa lecture des différentes littératures scientifiques ainsi que ses recherches sur l’usage des écrans. Par cela, il expose un constat quasi implacable d’une forme de désinformation concernant les impacts de « la révolution numérique » sur les nouvelles générations.

 

Dans une démonstration fournie, Desmurget confronte l’état actuel des opinions et les arguments des lobbies du digital à la réalité du « bain numérique » dans lequel évolue la génération des “digital native”. Il expose en conséquence l’ensemble des effets avérés des écrans sur la santé physique et mentale, en évoquant notamment les troubles du sommeil et de l’attention que cela peut impliquer. Son étude a pour vocation principale de prévenir des conséquences neurologiques, intellectuelles et émotionnelles d’une surconsommation d’écrans pour les enfants et adolescents. Il invite donc le lecteur par ce constat critique à adopter une vigilance toute particulière.

 

Pour ce faire, l’auteur fournit des données assez extravagantes. Grâce à des études de l’OCDE et d’universitaires américains, on apprend qu’entre 8 et 12 ans un enfant en Europe passe près de 4 heures 45 par jour sur un écran, soit près de 1700 heures durant toute l’année, représentant donc deux années scolaires pleines, en une seule et même année. Cette statistique augmente ostensiblement pour les lycéens qui passent à 2400 heures sur un écran dans une seule et même année, soit deux années scolaires et demie cumulées pour les cours de Français, Biologie et Mathématiques, sur l’ensemble du collège et lycée réunis.

 

C’est donc par le biais d’un exposé rigoureusement structuré que Desmurget tente d’œuvrer modestement à la déconstruction du « mythe de l’influence bénéfique des contenus numériques sur les jeunes générations » en les confrontant à des données scientifiques sans conteste. C’est pourquoi, avec une plume pouvant parfois être considérée comme pamphlétaire, Desmurget invite chacun à entendre son « cri d’alarme » sur les usages chroniques et parfois déraisonnables des écrans. Néanmoins, ce dernier ne s’inscrit dans aucune démarche absolue impliquant une remise en cause totale de l’usage des écrans. En effet, ici l’auteur ne procède pas à un jugement de valeur ou à « un procès en sorcellerie » car il reconnaît, à certains égards, leur caractère bénéfique. Cependant, il invite chacun sans prétention aucune à prendre conscience de la nécessité d’un rééquilibrage afin d’éviter de franchir le « seuil de nocivité » sous peine de conséquences irrémédiables pour la génération actuelle et à venir.

 

Considéré par France Inter en 2019 comme étant un ouvrage « de salubrité publique », celui-ci se révèle être un outil instructif et éclairant dans un contexte du développement inexorable du numérique.

Maxime Langlade

 

Voir aussi sur le blog : Génération Smartphone

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