Confessions d’enfants du siècle : avant et après Mai 68

Deux essais autobiographiques parus récemment ont retenu l’attention de vos libraires : Confessions d’un enfant du demi-siècle, de Paul-François Paoli (Cerf) et La France d’hier, récit d’un monde adolescent des années 1950 à Mai 68, de Jean-Pierre Le Goff (Flammarion). Les deux ont vécu Mai 68 et reviennent, chacun de façon personnelle, sur un versant de cette révolution. De quoi comprendre, en profondeur, la société dans laquelle nous vivons.

 

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Paul-François Paoli nous livre dans cet essai qui est en quelque sorte l’autobiographie de son parcours philosophique et politique, le cheminement de sa pensée.

Se qualifiant de romantique révolutionnaire, il est happé par le communisme, pour se tourner vers le nihilisme et finir conservateur.

Il pointe du doigt le rôle néfaste de certains penseurs de premier rang, parmi lesquels Jean-Paul Sartre. Dénonçant avec ferveur le libéralisme-libertaire actuel, il le rend en partie responsable de l’individualisme ainsi que de la civilisation hédoniste et désenchantée dans laquelle nous vivons. Ces caractéristiques sont par ailleurs les deux frontons d’une France qui se déchristianise en même temps qu’elle se dénationalise à travers l’Europe.

Pour Paoli, la France a cessé d’être catholique et la République y est devenue formelle. En privilégiant l’individu sur le groupe, la libre conscience sur la vérité déposée, la liberté sur l’autorité, la France serait devenue « protestante ».

L’auteur fait ainsi référence à ces penseurs et intellectuels qui ont façonnés la société française tel que nous la connaissons aujourd’hui. Ils l’ont influencé comme ils nous ont influencé. De Nietzsche à Sartre en passant par Soljenitsyne, René Girard, Onfray ou Michéa, il fait la généalogie de la pensée de ces dernières 50 ans, entrelaçant son histoire personnelle avec celle de la France.

Ces confessions sont pertinentes et sont le fruit d’expériences et de réflexions clairvoyantes sur notre société.

Nathanaël Graveleau

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La France d’hier, récit d’un monde adolescent des années 1950 à Mai 68 est un ouvrage historique et sociologique écrit à la première personne (« essai d’ego-histoire » ainsi défini par l’auteur p.17).

L’auteur ne se propose pas de « faire le bilan » de Mais 68, mais de décrire les mentalités, l’esprit et les évolutions culturelles d’une époque aux générations X, Y ou Z qui ne les ont pas connus. Après avoir raconté la France dans laquelle il a grandi (catholique, consumériste et traditionnelle), ses conformismes et les aspirations naissantes de la jeunesse, Jean-Pierre Le Goff termine en soulignant les maux socio-culturels et moraux de la société française d’aujourd’hui : relativisme global, individualisme exacerbé, déréliction, indifférence à l’avenir, ingratitude à l’égard du passé, « emprise débridée des affects et des pulsions » (p.248).

La génération du baby-boom ayant refusé le matérialisme de ses pères accaparés par la poursuite du bien-être, la société de consommation et l’ère des loisirs, a cherché, sans pouvoir l’atteindre, un sens à la vie. Elle n’a pu le trouver dans ses nourritures culturelles, morales et intellectuelles. Ces dernières sont frappées, à l’époque, du sceau du néant. Les titres sardines sont révélateurs : L’être et le néant, La nausée, La mort dans l’âme, etc., ainsi que les films de Bergman, Antonioni, Lautner, ou encore la discographie de Bob Dylan (Love Minus Zero, Sad-eyed Lady of the Lowlands, etc.).

C’est dans ce modèle historique que l’adolescence va être idéalisée, devenant un nouveau modèle social de comportement. L’adolescent devient archétype de l’individu marqué par l’intensification du présent comme mode de vie. Mais les crises, la violence, le tragique des guerres et des attentats islamistes mettent en plein jour les faiblesses et l’inanité de cette culture adolescente!

Par ailleurs, l’auteur déplore dans l’effondrement de la pratique religieuse qui caractérise cette période, non la désertion des cérémonies et rituels, car il n’est pas « pratiquant », mais – et c’est fort intéressant – la perte du dialogue intérieur avec Dieu (dans la prière du soir par exemple) « qui supposait un autre que soi à l’intérieur de soi » (p.138). Par ailleurs, ce peuple adolescent est marqué par une ambiguïté qui trouvera sa « catharsis » dit l’auteur, dans la commune étudiante de Mai 68.

Ainsi, cet ouvrage très agréablement écrit nous plonge-t-il dans un autre monde et renoue le lien avec celui d’aujourd’hui et éclaire pertinemment notre présent.

Michel Beressnevitch

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