Claude Brousson : un prédicant sort de l’ombre

 

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Avec Marie Durand, l’avocat Claude Brousson incarne sans doute le mieux la résistance paisible face à l’oppression royale. La mémoire vivante du protestantisme continue d’entretenir cet héritage transmis par les écrits des historiens du XIXe siècle et qu’aucune publication scientifique de grande diffusion ne vient battre en brèche. L’histoire de Claude Brousson reste une curiosité dans notre siècle car elle ne passionne pas. Notre temps qui exalte la paix et la conciliation préfère les lutteurs violents comme les camisards. Plus spectaculaires, peut-être, ils remportent la part du lion des publications.

Voici un mérite simple et efficace de Jean Fleury, redonner vie à Brousson en faisant résonner sa mémoire avec nos enjeux contemporains. La voix des fragiles qui ne trouvent pas leurs forces dans les appuis du temps n’est pas toujours audible. Encore moins quand elle parle de foi.

 

Ce qui donne justement la force à ce livre est ce jeu de miroir osé entre Brousson et Louis XIV, Jean Fleury dessine le combat entre David et Goliath. Un déséquilibre qui conduit Brousson à chercher l’appui dans la force des arguments juridiques, chez les puissances étrangères et à tolérer l’action violente de Vivens. Finalement Brousson déchante de tous ces secours pour ne plus s’appuyer que sur celui de la foi. Il y a du Jérémie chez Brousson. Ce grand prophète rejeté par son roi et son peuple. Lui qui exhorte Israël à la loyauté alors que le cataclysme de l’exil va frapper sa nation. Brousson aussi encourage le peuple protestant à demeurer fidèle même si les pasteurs les ont abandonnés, même si le roi veut les détruire. L’Espérance eschatologique, parfois teintée d’un prophétisme à la Jurieu, devient son seul refuge.

La voix de Brousson est peu entendue. Quelques prédicants ici et là se lèvent mais pas de pasteurs encore, pas d’église vraiment restaurée comme cela sera le cas avec Jacques Roger, Pierre Corteiz et Antoine Court. Là encore, on pense à Jérémie qui, sans relâche, prêche, jour après jour, année après année pendant plus de 40 ans sans susciter la restauration religieuse et spirituelle qu’il appelle de toutes ses forces. Sa voix, son message se brise sur un mur d’indifférence. De nouveau, les destins de Jérémie et Brousson se mêlent. Si leurs voix résonnent c’est que l’un et l’autre ont puisé leur force, leur énergie dans la Bible, cette Parole Éternelle qui, à chaque siècle, visite la conscience des malheureux qui trouvent, dans le message des prophètes et de l’Évangile qui l’accomplit, la Bonne Nouvelle du Salut.

 

Comme Jérémie aussi, Brousson écrit. Il comprend, à la suite de Calvin, l’écriture comme un prolongement de la prédication. Jean Fleury insiste, à raison, sur la force de ces textes. Ses sermons sont imprimés, copiés puis appris par cœur et récités par quelques prédicants qui s’en nourrissent. Citons ici le plus connu, La colombe mystique dans les fentes du Rocher tiré du recueil La Manne mystique du Désert[1]. Les prédicants les apprennent et les transportent avec eux comme des pierres précieuses. Si Brousson est seul pendant son ministère, il enfante par ses écrits des serviteurs fidèles.

En méditant ses textes, ces prédicants côtoient le royaume éternel du Dieu que Brousson a servi. Quelques siècles plus tôt, en terre d’Israël, Jérémie nous a laissé un des plus beaux et des plus longs textes de la Bible. L’auteur rend aussi justice à Brousson qui jette les bases de la rénovation du protestantisme une bonne vingtaine d’années avant Court avec sa lettre sur La nécessité des saintes assemblées datée du 28 août 1692. Il s’agit d’un véritable écrit programmatique repris ensuite par Court puis par Rabaut. L’influence de sa pensée et de ses écrits émerge, très justement, de cette étude qui révèle un Brousson à la longévité intellectuelle. Une pensée féconde !

 

Dans Sa relation des merveilles[2], Brousson évoque les prédicants et son propre parcours sous la croix. Texte en forme d’hommage à ceux qui résistent avec « l’épée de l’Esprit ». Car Brousson sans relâche sillonne le royaume et l’Europe pour plaider la cause de l’Église fidèle et répandre encore la Bonne nouvelle. Sa vie, sa famille sont sacrifiées au service de l’Évangile de Jésus-Christ pour qui il est juste de tout abandonner. Le livre de Jean Fleury, en plaçant Brousson, au milieu de l’échiquier européen et au centre du règne de Louis XIV révèle l’intensité de l’engagement évangélique de Brousson. Une force simple, continue et si lumineuse qu’elle éclaire encore le chemin de ceux qui ne se laissent pas éblouir par les artifices du temps !

 

Franck Belloir

Librairie Jean Calvin.

 

[1] Claude Brousson, La manne mystique du Désert ou Sermons prononcez dans les déserts et les cavernes durant les ténèbres de la nuit et de l’affliction, les années 1689, 1690, 1691, 1692 et 1693, Trois Volumes, Henry Desbordes, Amsterdam, 1695.

[2] Claude Brousson, Relation sommaire des merveilles que Dieu fait en France, dans les Cévennes et dans le Bas-Languedoc, pour l’instruction et la consolation de son Église désolée, Amsterdam, 1694.

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