Calvin et les Cévennes (II)

Il n’y a pas que les camisards en Cévennes!

Dans ce nouvel épisode de notre mini-série Calvin et les Cévennes, on enquête sur l’influence de Calvin, on va de Nîmes à Genève et vice-versa, et surtout, on découvre l’agitation suscitée par la nouvelle doctrine.

 

Débuts de la Réforme à Nîmes

C’est un moine augustin qui prêche à Nîmes en 1532, à l’occasion du Carême, en expliquant la Bible qu’il lit en chaire. Sourcilleux et attentif à la moindre déviation, le parlement de Toulouse ne manque pas, le samedi 30 mars, de le corriger. Mais le conseil de la ville soutient le moine en se réjouissant que le peuple ait été « nourri de bonne doctrine évangélique ». Le conseil va même jusqu’à lui à accorder des émoluments supplémentaires (gratification de 30 livres). A cette date, Calvin n’est encore pas le réformateur de Genève. Il est encore un humaniste au sens strict et s’affiche en tant que tel puisqu’il vient de terminer son commentaire du De Clementia de Sénèque qui sortira de presse en Avril 1532.

La nomination, dans l’année 1539[1], de Claude Baduel[2] au poste de directeur du collège (créé en 1533) est, en général considéré comme un facteur d’avancement de la Réforme à Nîmes (au même titre que le rôle d’Imbert Pécolet en 1534). Calvin avait connu Baduel à Strasbourg ce qui peut expliquer peut-être l’intervention de Bucer en faveur de la nomination de Baduel à ce poste: « Baduel écrit le latin avec une pureté parfaite, (…) il sait l’hébreu (…) sa venue dans sa ville natale sera utile au règne du Christ ». Calvin à cette période avait en charge l’Eglise française de Strasbourg, en lien très étroit avec Bucer, mais fut-il informé de cette nomination ? A-t-il joué un rôle ? Une influence ? Aucun document ne l’atteste vraiment. Cet établissement joue certainement un rôle fondateur dans l’établissement de la Réforme à Nîmes jusqu’à la rupture des années 1550.

Dès 1547, alors qu’un tableau de la vierge est en partie brûlé à la cathédrale par des iconoclastes, l’existence d’un groupe d’évangéliques est attestée par la lettre qu’ils envoient à Calvin pour le remercier (ainsi que Viret) de ses exhortations.

Les bûchers attestent de cette diffusion : en août 1551, plusieurs prédicants (dont Maurice Sécenat, originaire des Cévennes) meurent suppliciés. En avril 1552, ce sont des prédicants, originaires de Genève que l’on brûle en effigie pour avoir tenu des assemblées derrière la Tour Magne.[3] La faillite des institutions ecclésiastiques et le rôle central de Calvin apparaît au grand jour lorsqu’en 1554, le prieur du couvent des dominicains, Dominique Deyron, chargé d’exhorter un prédicant, le cordonnier Pierre de Lavau, exhorte le prédicant et le conforte dans son martyre. Dans le tumulte, Deyron parvient à quitter la ville et prend la route quelques jours plus tard pour se réfugier à Genève.

Nîmes et Genève

Cette situation confirme que la ville de Calvin devient un phare qui réunit tous ceux qui, attirés par la réforme, ont besoin d’un refuge. Mais elle devient aussi une base missionnaire pour la diffusion des idées nouvelles. Les marchands de la ville de Nîmes sont en constante communication avec la vallée du Rhône, principal débouché de leurs productions textiles et agricoles (vin, huile, olive). Par ces échanges fréquents, ils favorisent grandement la diffusion des idées nouvelles[4]. Les réfugiés n’hésitent pas à entretenir une correspondance pour soutenir ceux qui sont restés au pays (Deyron). Mais Genève sert aussi de centre de formation pour les prédicateurs, comme nous l’avons vu avec ces prédicateurs originaires de Genève et brûlés en effigie. D’autres, du refuge, choisissent de repartir pour la France comme le fait en 1555 Jean Trigalet, originaire de Nîmes, qui quitte Genève avec quatre prédicants. Malheureusement arrêté, il est supplicié à Chambéry d’où il envoie un longue lettre d’exhortation à ses amis. En fait, de 1554 à 1560, 45 personnes se réfugient à Genève où elles sont enregistrés sur Le livre des habitants et, qui plus tard, formeront l’essentiel des membres du consistoire de Nîmes.

Le cas Mutonis

Ce n’est qu’en 1559, après la mort d’Henri II, que l’Eglise sort de la clandestinité et qu’elle obtient, en septembre, l’envoi d’un pasteur de Genève en la personne de Guillaume Mauget. Il établit un consistoire qui, le 23 mars 1561, retranscrit sa première délibération sur un registre. La réforme Genevoise semble en voie de dominer mais elle rencontre des oppositions que seul Calvin pourra résoudre.

En effet, en 1561-62, une rivalité oppose le pasteur Mauget à son homologue Mutonis, ex-dominicain provençal aux positions plus démocratiques. Mauget l’emporte grâce au soutien de Calvin. Celui-ci dans son courrier insiste sur la nécessité de l’unité : « Vous scavez comme le fondement de l’Eglise est unité, aussi qu’elle s’entretient en son estat par fraternité et concorde. » Il n’est donc pas question pour lui d’accepter cette opposition qui ne peut que conduire à la ruine de l’Eglise.

Il se refuse à rentrer dans un conflit de personne. A ses yeux telle est devenue la situation : « Vostre Eglise est bandée et que chasquun tient son party par trop roide ». Calvin joue donc le rôle de temporisateur et de réconciliateur au point d’exiger des deux partis :

« Nous vous prions et exhortons au nom de Dieu non-seulement d’assoupir et mectre soubs le pied la mémoire de ces différens qui ne vous ont que par trop agitez, mais l’effacer du tout vos cueurs, affin que rien ne vous empesche de tendre la main l’un à l’autre pour vous emploier tous ensemble à faire vostre debvoir ».

Nous sommes loin de l’image d’un Calvin intransigeant et implacable. Cela étant, il confirme Mauget à Nîmes et demande à Mutonis de retourner dans la paroisse qui l’a élu, Uzès. Conscient des enjeux, Calvin aurait bien voulu envoyer en renfort le Seigneur d’Anduze, Pierre d’Airboudouze mais, pour l’heure, la chose n’était pas réalisable. Il décidera, toujours soucieux de l’avenir de cette Eglise, d’envoyer Pierre Viret pour asseoir son autorité. Un tel choix révèle l’attention et la sensibilité d’un Calvin qui se souvient que les Nîmois avaient été sensible à l’exhortation de Viret en 1547.

[1] Les exécutions dès 1537 pour faits de religions sont établies à Nîmes (place de la Salamandre).

[2] Il dût son éducation aux bienfaits de la reine de Navarre, sœur de François Ier, ainsi que l’atteste une lettre de cette princesse, et en profita si bien qu’il s’éleva de bonne heure à un rang distingué parmi les professeurs de l’université de Paris. Lorsqu’en 1539, le roi établit un collège des arts à Nîmes, la place de recteur fut offerte à Baduel, et, quoique les honoraires en fussent de moitié moindre que le traitement dont il jouissait, il n’hésita pas à se rendre aux vœux de ses concitoyens. En 1555, il se retira à Genève pour pouvoir professer en paix le calvinisme, qu’il avait embrassé l’un des premiers et auquel il était très attaché. Il se fit même recevoir ministre : on lui donna une église à desservir et une chaire de philosophie et de mathématiques. Là, comme à Nîmes, il partagea son temps entre ses devoirs et la composition d’ouvrages d’éloquence et de littérature. Professeur protestant qui donna une traduction des sermons de Calvin, il fut un bon orateur et excellent latiniste. Claude Baduel mourut à Genève, en 1561. Nommé par Marguerite de Navarre recteur du nouveau Collège et Université des Arts à Nîmes en 1539, il y reste jusqu’en 1550, s’absentant en 1544 et 1546. Chef de la communauté réformée clandestine de la ville, dénoncé comme calviniste, il la quitte en 1550 et s’installe à Genève en 1551. Il travaille chez l’imprimeur Jean Crespin: traduit en latin quelques sermons de Calvin (1553), Crespin (Acta martyrum, 1556), met en français le De Regno Christi de Martin Bucer (1558) et édite le dictionnaire grec de Guillaume Budé (1554). Pasteur à Russin (1556), puis Vandœuvres (1557). Professeur de philosophie à l’académie de Genève (1560), B. fut un pionnier de l’enseignement humaniste.

[3] Execution de Pierre de Lavau le 8 octobre 1554.

[4] La Présence de treizes foires annuelles mettent Barre en contact avec les grandes villes  du Bas Languedoc comme Nîmes. Les colporteurs y vendent des livres religieux et y on trouve des ouvrages de Luther, des Bibles, des psaumes et des ouvrages de Calvin. Le rôle des notables et de la petite noblesse joua un rôle primrodial sur leur réseau d’influence.

 

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