Un « nouveau David », le rêve perdu des huguenots français (II)

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Redoutée par Calvin, la multiplication des Eglises réformées dans le royaume suscite un enthousiasme grandissant, notamment chez Théodore de Bèze. On perçoit cet immense espoir dans sa correspondance. Pour lui, le mouvement engagé est irrésistible. En 1565, on le voit saisi par ce fol espoir d’un basculement du Royaume dans le camp de la vraie religion, et il évoque la possibilité d’une victoire totale « si le roi se décidait à prendre en main la conversion de son état, qui échapperait définitivement à la tyrannie pontificale ».

 

Rhétorique du peuple élu et théologie de l’Alliance

Même si Calvin est bien plus réservé, sa conception de la providence rend possible la conversion du roi et du royaume, car toutes choses lui sont soumises. Cette conception est partagée par ses disciples et Hugues Daussy souligne qu’elle est étroitement liée à «l’identification des fidèles de France avec le peuple élu de la Bible. » Dans la rhétorique développée par les écrivains réformés, les références explicites aux épreuves endurées par les Hébreux se multiplient.

Le réformateur estime que dans l’ensemble de l’Ecriture, il n’y a qu’une seule et même Alliance, promise à Adam, conclue avec Abraham, affermie par la Loi et finalement renouvelée par le sang de Christ. Il insiste donc sur une continuité entre les Hébreux et les Chrétiens. Sous la plume des théologiens et épistoliers réformés, « l’omniprésence de l’argument et du vocabulaire bibliques à connotation vétérotestamentaire découle de cette parenté spirituelle ». Les fidèles tentent de comprendre leur propre histoire à travers celle d’Israël, « ils y cherchent leur passé, leur présent et leur avenir, et y puisent la certitude de la victoire sous la conduite de Dieu ». Dans les écrits de Calvin et notamment dans les Psaumes, on discerne cette volonté de « créer l’analogie », de donner aux fidèles confiance dans la providence de Dieu qui est venu en aide aux Hébreux et qui leur viendra en aide à eux aussi. Ces Psaumes deviennent une source d’inspiration, un encouragement, un puissant modèle d’identification accessible à tous.

 

David, paradigme de la foi chrétienne

David, figure d’un roi divin, espoir des huguenots et modèle de leur politisation.

Comme le réformateur, beaucoup voient en David le modèle de la foi chrétienne. Il incarne une figure dont l’exemplarité imprègne le coeur et la conscience collective des réformés, et qu’ils tentent de discerner, à nouveau, dans les princes et autres magistrats de leur temps. Hugues Daussy souligne que le père de Salomon n’a pas « le monopole de leur admiration, Josias, son digne descendant qui a chassé l’idolâtrie du royaume de Juda, restauré le temple et renouvelé l’alliance est également considéré comme un modèle à suivre ».

Par les chants des psaumes, paraphrasés par Clément Marot et Théodore de Bèze, ils s’approprient une histoire qu’ils pensent revivre à des siècles de distance. Dans ce contexte, la thématique de Psaume 9, chant « triomphal par lequel David rend grâce à Dieu pour la victoire remportée sur ses ennemis, et exalte la justice du créateur qui venge les siens quand il le désire» fait partie des chants le plus souvent utilisé. Les fidèles persécutés sont ainsi comparés aux Hébreux écrasés sous le joug de pharaon, combattant contre les philistins, ou victimes, comme le fut Abel assassiné par Caïn, jaloux de la faveur divine. Les autorités catholiques responsables de la répression sont quant à elles identifiées aux Egyptiens, aux philistins et mêmes aux sodomites. Dans tout les cas, « il ne s’agit aucunement de métaphore, mais du reflet d’une expérience réellement vécue ». Cette transposition de l’histoire des Hébreux à leur propre époque les fait se considérer comme leurs héritiers, étant eux même le peuple élu, confronté à des obstacles similaires.

 

Vers la politisation de l’Eglise réformée

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On le constate, les parallèles ne manquent pas ; ils nourrissent un espoir renforcé par une toute une production littéraire. L’oeuvre de Théodore de Bèze, Abraham Sacrifiant (1555), qui « campe la situation des protestants français au miroir de l’Ecriture », revêt une importance toute particulière, tant par sa qualité littéraire que par son impact. Le coeur de cette oeuvre encourage les protestants à la patience, la confiance dans l’action providentielle de Dieu malgré les souffrances.

La conscience collective est donc imprégné de cette histoire biblique qui les exhorte tout à la fois à la patience et au courage dans les épreuves, mais aussi à une espérance profonde, celle que David leur roi vienne les secourir face aux différents princes temporels qui dans la même logique sont assimilés à des personnages bibliques. Ainsi Théodore de Bèze dans une lettre envoyée à un autre réformateur Guillaume Farel, avoue redouter l’alliance d’Hérode et de Pilate, soit Charles Quint et Henri II. Tout un univers mental se construit et cet au cours de la décennie 1550, les fidèles puisent la force de résister dans ce modèle vétérotestamentaire.

Mais ce « modèle » conditionne une politisation de leur action : la transformation de l’Eglise réformée en Parti huguenot sera la source de leurs futurs ennuis.

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