Un « nouveau David », le rêve perdu des huguenots français (I)

Les protestants français ont cru, un moment, à l’avènement d’un roi protestant qui serait leur « nouveau David ». Sur quels espoirs concrets et quelle théologie ce rêve s’est-il fondé? Comment Calvin l’a-t-il perçu? Benjamin Rivoire nous répond dans cette excellente mini-série en trois épisodes, à partir de l’ouvrage (majeur) d’Hugues Daussy.

 

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(I) OÙ LA CONVERSION DES NOBLES JOUE UN ROLE CONSIDERABLE

 

Une croissance rapide du calvinisme

Dans son ouvrage majeur paru en 2014, Hugues Daussy revient de façon magistrale sur la fragile construction du parti huguenot, en tant que force politique, militaire, mais également en tant qu’Eglise.

Ce dernier point nous intéresse particulièrement. Comment les français, récemment passés à la religion réformée se représentaient leur Eglise, quels regards portaient-ils sur eux-mêmes ? Quels modèles avaient-ils à disposition pour tenter de s’y conformer, en espérant atteindre le sommet ultime, à savoir, une reconnaissance officielle de leur propre institution?

Hugues Daussy nous apprend que l’expansion calviniste est marquée par une période de croissance rapide et souterraine, vécue par les pasteurs comme étant annonciatrice d’une conversion complète du royaume éclairé par la vérité. Au premier abord, les signes sont encourageants, et invitent une grande partie des représentants du protestantisme à un enthousiasme peu emprunt de prudence, laissant apparaître leurs désir de reconnaissance officielle non plus comme un rêve mais comme une évidence qui ne saurait trouver comme obstacle que le temps.

Ainsi, dès 1555, les communautés évangéliques dispersées dans le royaume commencent à se dresser en Eglises structurées. Les différents groupes de fidèles, attendent avec une certaine impatience, que le pas soit franchi vers une véritable institutionnalisation ecclésiastique.

Dans cet engouement, ils s’adressent à Calvin et à la compagnie des pasteurs de Genève, espérant trouver en sa personne, le conducteur, l’autorité, qui parviendrait à les rassembler de manière efficace autour d’une même cause.

 

La prudence de Calvin

Un premier élément important est à souligner ici, car il sera constitutif de l’acte décisif qui le suivra. Calvin, s’il partage la joie procuré par l’expansion rapide du protestantisme, prêche à ce moment là sans relâche la poursuite d’une croissance prudente et secrète, en proclamant notamment aux protestants du Poitou «  que l’évangile de notre seigneur Jésus Christ vous éclaire pour vous montrer le droit chemin, afin que nous n’erriez point comme enfants de ténèbres ». Et ne recommande aucune action d’ampleur. Cette prise de position, si elle n’est pas une marque de rupture, cristallise tout de même des tensions et conduit les communautés évangéliques dans une frustration. La volonté de Calvin, qui peut se rapprocher d’une forme de prosélytisme, se situe pour le moment à un autre niveau, c’est vers de la figure du martyr qu’il porte ses regards, certain qu’ils ne peuvent apporter que des bienfaits pour la vraie religion.

Cette idée selon laquelle le spectacle donné par le martyr qui « périt sans fléchir pour défendre sa foi » est susceptible d’entrainer la conversion de chrétiens édifiés et soudainement éblouis par la lumière de la vérité, est l’un des pivots de la de conversion pour Calvin.

Le réformateur redoutait une telle visibilité, non seulement parce qu’il craignait une recrudescence des persécutions mais surtout parce qu’il la jugeait nuisible à l’accomplissement de son projet de conversion du royaume tout entier. Il avait peur qu’une « manifestation trop bruyante de la propagation de l’évangile mécontente Henri II et mette en péril sa conception attentiste, fondée sur la conviction que Dieu finirait inévitablement par gagner à sa cause le cœur du souverain ». Ce qui s’accorde très bien avec sa théologie de la providence qui lui donne la certitude d’une intervention providentielle de Dieu sur le cours de l’histoire.

Naissance d’un espoir

Calvin, s’il n’est clairement pas « l’initiateur de la mutation des communautés évangéliques du royaume, a probablement été surpris par la soudaineté et l’ampleur du phénomène et, même s’il a au final pris la décision de le soutenir et de donner aux Eglises en train d’éclore l’encadrement pastoral indispensable à leur bonne organisation », il n’a pas pu suivre le rythme imposé par les réformés du royaume. Calvin ne contrôlait donc probablement pas totalement le développement de la Réforme en France, car les réformés français ont su manifester une capacité d’autonomie qui ne se démentira plus.

Une autonomie qui conduira rapidement à une multiplication d’Eglises formées au sein du royaume, accentuant ainsi cet enthousiasme, qui basculera progressivement vers ce sentiment beaucoup plus persistant et lourd de sens : l’espoir.

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