Odyssée prussienne (III) Le retour de Paul Helmlinger

Dernier épisode de notre mini-série : le retour de Paul Helmlinger. 1918. Rentrer. Revenir à la vie sans la guerre. Ecrire. Témoigner contre « le mal par excellence ».

 

Achetez sur Librairie Jean Calvin.fr!

La fin de la guerre

Elle s’achève sur le front oriental avec le traité de Brest-Litovsk signé en décembre 1917, mais bien des soubresauts évoqués par l’auteur entravent encore une paix durable : l’auteur consacre des pages éclairantes aux derniers mois qu’il passe à l’est. À la différence d’autres Alsaciens, il n’est plus envoyé sur le front de l’ouest qui s’effondrera seulement plus tard. Un de mes oncles y laissera la vie en juillet 1918 encore. Paul Helmlinger vit de près en 1918 la désorganisation de l’armée et décrit longuement les efforts des uns et des autres, en particulier des Alsaciens, pour revenir chez eux. C’est une aventure rocambolesque et le récit fourmille de détails croustillants. Mais après avoir surmonté bien des obstacles, l’auteur a enfin pu franchir le Rhin et retrouver les siens.

Les sources et l’état d’esprit de l’auteur

Pour décrire son Odyssée prussienne, l’auteur ne se fonde pas seulement sur sa mémoire, pourtant « toujours vivante sur certains épisodes », mais qui aurait été insuffisante. Il a pu s’appuyer sur des documents écrits, tels que les lettres ou cartes qu’il a envoyées ainsi que sur un carnet de notes qu’il avait prises. Même incomplets, ces divers documents ont ranimé bien des souvenirs enfouis dans son subconscient, ce qui a conduit à l’élaboration du présent livre.

Les remarques rétrospectives, rédigées longtemps après la guerre, témoignent de son état d’esprit quelques décennies plus tard. La modestie de ses propos nous a frappé : « Je ne sais pas raconter et encore moins rédiger », écrit-il ! N’empêche que le lecteur se laisse saisir par son récit, si plein d’humanité. Il y a même au milieu des épreuves place ici ou là pour un certain humour. L’auteur souligne qu’il n’est pas un héros, il n’a pas été obligé de batailler les armes à la main. Pourtant, il a vécu la dureté de la vie dans les tranchées, le fanatisme des mentalités et la haine des discours.

Il s’excuse presque de la manière dont il a évoqué le militarisme prussien, en disant que ces descriptions « pourraient être considérées comme trop passionnelles ». C’est pourquoi il revient encore une fois sur le Drill prussien, cette énorme machine de guerre qui d’après lui peut susciter non de l’admiration, mais du respect et un certain étonnement au moment où cette machine s’écroule et se désagrège. Mais Paul Helmlinger est surtout sensible à ce qu’il appelle le « mal par excellence », à savoir une « volonté de puissance et de domination, la confiance dans la force des canons et des baïonnettes, qui avaient comme conséquence logique l’asservissement et le mépris de l’homme et de sa dignité ainsi que la guerre avec tous ses malheurs ». Il regrette que, lors de la première guerre mondiale, le militarisme prussien se soit étendu à l’ensemble de l’Allemagne, alors qu’au départ, d’autres régions allemandes telles que le Wurtemberg et la Bavière ne partageaient pas une telle mentalité. Il précise d’ailleurs que son « ire est dirigée contre la Prusse et non contre l’Allemagne comme telle » en évoquant tout ce qu’il doit à la culture allemande : « certains classiques, des poèmes appris jadis par cœur, certains cantiques religieux avec leur langue d’une incomparable beauté, sans oublier la Bible dans la traduction de Luther ».

Avouons-le : j’ai lu ce livre avec beaucoup d’intérêt, pour les informations qu’on y trouve, mais aussi pour le côté attachant de l’auteur, de son humanité et de sa sincérité, de sa fragilité et de son courage. Je souhaite à d’autres lecteurs de faire la même expérience en lisant le témoignage qu’il nous a laissé.

Marc Lienhard, dernier extrait de la Préface.

Doyen honoraire de la Faculté de théologie protestante    de l’Université de Strasbourg

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :