Odyssée prussienne (I) Une famille francophile

Bienvenue pour cette nouvelle mini-série du blog!

Que devient un jeune protestant alsacien combattant sur le front de l’Est pendant la Première Guerre mondiale? A l’heure où nous allons célébrer les cent ans de la fin de la Grande Guerre, suivez les traces du jeune Paul Helmlinger dans ce témoignage rare (en français), présenté par Marc Lienhard.

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Présentation

L’orage éclate en été 1914. Pendant quatre ans, une guerre meurtrière va mettre aux prises la plupart des pays européens. Elle sera qualifiée de « mondiale » car les grandes puissances associent à leur affrontement des ressortissants de leurs colonies. L’entrée en guerre des États-Unis est un autre symptôme de la mondialisation de cette guerre. Celle-ci fait dix à onze millions de victimes militaires. Mais elle touchera aussi les civils. Des pays tels que la Belgique et des régions comme l’est de la France seront ravagés, sans oublier tout ce qui s’est passé dans l’Europe de l’est.

En cette année 2018, cela fait cent ans que cette guerre funeste s’est achevée dans le sang et dans les larmes. On en fera mémoire, en particulier en France. Nombreux sont les manuels français qui en ont décrit les causes, le déroulement et les conséquences. Un ouvrage récent s’est attaché à éclairer le sort et  les attitudes des Alsaciens-Lorrains pendant cette guerre.[1] Aux travaux historiques s’ajoutent les témoignages des combattants qui évoquent leur quotidien, leur vie au front ou dans les tranchées et leurs souffrances, leurs soucis et leurs attentes.

C’est l’un de ces témoignages poignants que le présent livre nous donne à lire. L’auteur est un Alsacien né en 1896, qui est incorporé en 1915 sur le front de l’est, là où l’armée allemande affronte jusqu’en 1917 les troupes russes. Alors que de nombreux témoignages, en particulier français, évoquent le front de l’ouest opposant l’armée française à l’armée allemande, ils sont moins nombreux à décrire ce qui se passe à l’est. Comme beaucoup d’Alsaciens incorporés dans l’armée allemande, Paul Helmlinger a été envoyé à l’est. Les autorités allemandes se méfiaient toujours des Alsaciens et hésitaient, du moins jusqu’en 1917, à les faire combattre à l’ouest.

Une famille francophile

Quand la guerre éclate en 1914, des volontaires s’engagent tant du côté allemand que du côté français pour combattre au service de la patrie. Mais il y a surtout les autres, qui vont au combat la mort dans l’âme, parce qu’ils y sont obligés. C’est le cas en particulier des Alsaciens. Certes, après 1870 et le rattachement de l’Alsace à l’Allemagne, certains s’étaient intégrés tout naturellement à l’Allemagne, à sa culture, à ses apports sociaux et politiques. D’autres par contre, dont faisait partie Paul Helmlinger, restaient résolument francophiles. Son père pleure quand la France perd la guerre de 1870 et que l’Alsace devient allemande. La famille continue de cultiver la culture et la langue françaises.

Le père est pasteur luthérien. Certains de ses collègues alsaciens souhaitaient la victoire de l’Allemagne. Les trois hebdomadaires protestants de l’époque ainsi qu’une série de prédications de guerre l’attestent clairement. Mais il y a aussi ceux qui, à l’instar du  professeur de théologie Paul Lobstein[2]et du pasteur Charles Théodore Gerold de l’église Saint-Nicolas de Strasbourg, et d’autres encore, refusent de soutenir l’Allemagne et son effort de guerre. « Ce n’est pas notre cause », écrit ainsi Paul Helmlinger. Dès lors, une question lancinante surgit : Comment vivre au jour le jour la résistance, manifester une désapprobation morale, voire désobéir au sein d’une armée où une telle attitude pouvait entraîner une répression funeste ? Dans les remarques rétrospectives jointes à ses souvenirs de guerre, l’auteur écrit : « J’ai appris à me taire, à rester impassible, prudent, réservé ». Il évoque aussi « l’ironie, l’humour noir, comme seul moyen de défense, même celui sur notre propre sort ». Mais la prudence s’impose quand un officier l’interroge sur ses opinions politiques ; il affirme qu’il est « politiquement irréprochable ». Il n’en garde pas moins son esprit critique !

Paul Helmlinger n’avait pas été enrôlé dès le début de la guerre. Pendant un an, il avait même pu entreprendre des études de théologie à Strasbourg. Il s’était heurté alors au patriotisme pro-germanique de certains professeurs d’origine allemande. Mais il ne cite que Wilhelm Nowack. D’autres encore ont prononcé de vibrantes prédications en faveur de la cause allemande[3]. Les sympathisants francophiles n’étaient pas absents pour autant, mais restaient nécessairement discrets, et l’auteur n’en parle pas.

 

[1]Jean-Noêl Grandhomme (dir.), Boches ou tricolores, Les Alsaciens-Lorrains pendant la Grande Guerre, Strasbourg, La Nuée Bleue, 460p.

[2]Elisabeth et Edouard Lobstein, Paul Lobstein. Professeur à l’Université de Strasbourg 1850-1922, Un Alsacien idéal, Strasbourg-Paris, Librairie Istra, 1926.

[3]Voir Matthieu Arnold, « Les prédications de guerre protestantes prononcées en Alsace à l’occasion de l’anniversaire du Kaiser », Bulletin de la Société d’Histoire du Protestantisme  Français,janvier-février-mars 2014, p.57-75 ;  Matthieu Arnold/Irene Dingel (direction), Predigt im ersten Weltkrieg-la prédication durant la « GrandeGuerre », Göttingen, Vandenhoeck-Ruprecht, 2017.

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