Camisards et Vendéens (III)

Avec un titre qui sonne comme un duel au sommet, le dernier livre de Philippe Joutard et Jean-Clément Martin explore deux guerres et deux résistances dont la mémoire a, aujourd’hui encore, une portée politique et identitaire. Dans cette suite et fin de leur introduction (partagée ici en avant-première) les auteurs nous dressent un tableau des événements.

 

 

  1. Révolte protestante

La guerre des Camisards, déclenchée en 1702, est la conséquence directe de l’édit de Fontainebleau qui, en octobre 1685, révoque celui de Nantes de 1598. La paix religieuse initiée par ce dernier s’effondre pour laisser place à la volonté royale d’imposer son autorité absolue. Les dragonnades puis les campagnes de catholicisation contraignent les protestants à renoncer à leur foi pour devenir des Nouveaux Convertis, catholiques. L’extraordinaire pression exercée durant presque trente années à la fin du XVIIe siècle conduit certes à l’abjuration massive des protestants. Mais cette victoire politique du roi ne peut empêcher les fortes résistances d’une communauté qui transmet clandestinement à ses enfants la foi de ses aïeux. Les tiraillements provoqués par cette impossible double allégeance mènent à la résistance et à l’apparition du phénomène prophétique. Les prophètes sont d’abord des femmes et des enfants, puis des hommes, qui parlent au nom de Dieu et qui appellent à la résistance et au refus des pratiques catholiques. Le mouvement surgit dans le Dauphiné avant de gagner le Vivarais puis les Cévennes. Il est indissociable de la guerre des Camisards (1702-1704) dont il conditionne tout le déroulement. Il s’éteindra progressivement après la paix signée en 1704 avec le chef camisard Jean Cavalier tandis que l’autre grand artisan de la résistance, Rolland, est tué au mois d’août de cette même année.

2. Révolte vendéenne

On peut considérer que la guerre de Vendée commence avec une escarmouche à Pont-Charrault près de Saint-Fulgent, dans le département de la Vendée, le 19 mars 1793, quand une forte bande s’oppose avec succès à une troupe envoyée depuis La Rochelle pour imposer la levée des 300 000 hommes décidée par la Convention. Cela faisait deux ans que les mécontentements devant les modifications politiques et surtout devant la constitution civile du clergé avaient monté la population de tout l’ouest de la France contre la Révolution. Les campagnes étaient agitées par des processions de femmes et d’hommes demandant le retour de leurs pratiques religieuses et par des rixes avec des représentants de l’État. Mars 1793 est l’étincelle qui met le feu à la poudrière. L’événement, mineur en lui-même, est perçu comme une menace contre l’ensemble du pays par le gouvernement. Les députés vont saisir cette occasion pour s’engager dans une politique répressive violente. Très vite, la situation dégénère et ce qui va s’appeler « guerre de Vendée » devient le phénomène le plus tragique de l’histoire de la Révolution, entraînant autour de 200 000 morts entre 1793 et 1799 – date des derniers combats.

 

3. Une médiatisation immédiate

Ces deux guerres suscitent très vite l’intérêt national et international. Les gazettes européennes évoquent la guerre des Camisards dès les premières semaines tandis que la guerre de Vendée ne cesse de faire l’actualité des débats à Paris. Très vite aussi, le souvenir des guerres se perpétue, s’écrit, se dit au point que la mémoire orale joue un rôle clé dans l’historiographie des deux conflits qui, à plusieurs dizaines d’années de distance, font résonner des thèmes parfois communs. Impossible, par exemple, d’évoquer la guerre des Camisards sans évoquer la liberté de conscience tant les motifs de cette guerre sont spécifiques. Impossible d’évoquer la guerre de Vendée sans discuter de la violence révolutionnaire et de la place de la religion dans la République. Ces deux guerres interrogent sur les réactions d’un État face à des contestations du régime ou de fondements du régime : l’absolutisme de Louis XIV au début du XVIIIe siècle, l’imposition de l’État-Nation à la fin du même siècle.

Philippe Joutard et Jean-Clément Martin

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