La théologie de l’anabaptisme : une référence

Le mouvement anabaptiste qui émerge au début du XVIe siècle n’est pas facile à saisir. Fluide, pluriel, en mouvement, il représente une tentative remarquable de fidélité aux Ecritures. Malgré l’espérance de vie bien courte de ses conducteurs, il s’enracine autour d’une foi dont les accents, souvent caricaturés, méritent d’être connus pour ce qu’ils sont. Robert Friedmann, dans un essai devenu classique, nous en trace les grandes lignes.

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Y-a-t-il vraiment une théologie anabaptiste ?

Toute la difficulté est de cerner ce qui fait la spécificité de la théologie anabaptiste. S’agit-il, d’ailleurs, d’une « théologie » au sens systématique que nous lui donnons aujourd’hui ? L’auteur remarque à juste titre que « un système théologique entrerait en contradiction avec la nature authentique de leur forme de témoignage » (p. 38). Il préfère alors parler de « théologie existentielle » ou de « théologie implicite ». Car ce qui caractérise la théologie anabaptiste est qu’elle est une doctrine de vie, une éthique fondée sur le discipulat (nachfolge, jusqu’au martyre) et la « nouveauté de vie », dont le maître mot est « l’obéissance », bien plus qu’une construction intellectuelle.

D’où la difficulté de l’aborder dans les catégories traditionnelles de la théologie.

 

Une doctrine du Royaume

Sa connaissance encyclopédique des textes sources de l’anabaptisme permet tout de même à Robert Friedmann de repérer un dualisme fondamental entre Christ et le « monde », tel que le résume le 4e article de Confession de Schleitheim :

Car il n’y a dans le monde et toute la création que bon et mauvais, croyant et incrédule, ténèbres et lumière, le monde et ceux qui sont hors du monde, le temple de Dieu et les idoles, Christ et Belial, et aucun ne peut avoir une quelconque part avec l’autre. (Confession de Schleitheim, citée p.47)

Ce dualisme vient de leur compréhension biblique du Royaume, qui exige une séparation spirituelle d’avec le monde et provoque le rejet des véritables croyants :

« Comme les premiers chrétiens, les premiers anabaptistes vivaient intensément l’attente de la soudaine irruption du Royaume. Ils savaient que ce Royaume devait être inauguré par une séparation du monde et une conversion radicale en vue d’une vie d’amour fraternel et de pureté. » (p.50)

C’est la raison pour laquelle l’anabaptisme n’a pu se développer qu’en marge, en contradiction avec les courants zwinglien, luthérien, calviniste et luthérien. Paradoxalement, les anabaptistes semblent professer un optimisme anthropologique hérité du catholicisme médiéval, en lui maintenant un « libre arbitre ». On peut voir dans cette erreur la racine du légalisme qui lui sera reproché par la suite.

L’amour fraternel, enfin, est la conséquence d’une théologie de la croix orientée vers une fraternité resserrée, soudée par l’adversité et les dangers. Les Chronica (1531) de Sébastien Franck, considérées comme une source des plus fiables de 1531, témoignent de cette application à l’amour :

Autant qu’on peut l’observer, ils n’enseignent rien d’autre que la foi, la croix et l’amour. Ils partagent ensemble le pain comme signe d’unité et d’amour. Ils ne manquent pas de se secourir les uns les autres par l’aide mutuelle, le prêt, le don. Ils enseignent que toutes choses doivent être mises en commun.

Un modèle d’exposition et de clarté

Robert Friedmann (1891-1970)

Ainsi, bien que les anabaptistes se soient méfié des formulations théologiques, Robert Friedmann réussit une cartographie très instructive de leur piété et de leur foi. La connaissance des textes (confessions, traités, lettres…) – y compris ceux nombreux mais moins connus des houttériens –, servis par une analyse limpide et élégante en font un modèle d’exposé et un vrai plaisir de lecture. Elle représente un moment marquant des recherches anabaptistes.

Sans doute la biographie de l’auteur participe-t-elle à la valeur du livre. Juif autrichien, historien, il se convertit au christianisme suite à l’étude des vieux textes anabaptistes dont il devient un spécialiste. Fuyant le nazisme, il trouve refuge aux Etats-Unis, au Goshen College, où se trouve la plus grande collection de documents anabaptistes au monde. On sent cette sympathie de l’auteur pour son sujet ; la démarche personnelle rejoint une étude rigoureuse et met en valeur un héritage, qui, sur bien des points, mérite d’être redécouvert.

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