Lesdiguières (II) Le devoir de révolte

Henri de Rohan (1574-1638)

 

Dans un ouvrage de référence publié en 1989, Arlette Jouanna analyse l’idéologie politique de la Noblesse aux XVIe et XVIIe siècles, la part qu’elle entend se réserver dans la défense d’une société dont elle est le bras armé et les moyens qu’elle met en œuvre pour faire respecter son idéal et son statut. Cette idéologie concerne également les Nobles passés au protestantisme.

 

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Marqueur relationnel, la question de l’honneur est primordiale pour saisir ce qu’ Arlette Jouanna appelle « le devoir de révolte ». En effet « Gloire et honneur sont à cette époque des valeurs capitales autour desquelles se forgent encore l’identité du second ordre et la hiérarchisation de la société tout entière»[1]. L’aspiration suprême étant d’aboutir à une reconnaissance sociale consensuelle, acquise par l’accumulation des biens, des titres et des dignités, qui achève de transformer un noble en gentilhomme. Ainsi la noblesse se met en quête des charges et des honneurs de la part du roi ; prodiguées par celui-ci, ces récompenses détiennent le plus de valeur. En se fidélisant au roi, la noblesse considère qu’en retour il doit la gratifier de dons. De cette réciprocité des échanges découle un équilibre dans les relations entre le roi et la noblesse.

 

L’honneur joue donc un rôle majeur dans la représentation collective, mais détient également une dimension politique très concrète. Les réseaux des nobles peuvent être mobilisés au service du roi, mais aussi pour défendre une cause personnelle, constituant ainsi un véritable contrepoids à la monarchie. Arlette Jouanna souligne la tension fragile qui existe entre une noblesse uniquement fidélisée par l’assurance d’un pouvoir royal fort qui lui garanti des charges et satisfait sa quête d’honneur. Cette fragilité est souvent brisée et éclate en conflit ouvert. C’est souvent lorsqu’un éminent membre de la noblesse estime avoir été blessé dans son honneur qu’il manifeste concrètement son mécontentement à l’égard du roi. Une rupture s’établit alors, se manifestant par «un geste spectaculaire et symbolique »[2], comme le départ de la Cour avec fracas. Ces émulations deviennent menaçantes pour la monarchie, lorsque le malcontent juge nécessaire de faire appel à ses fidèles, et éventuellement de prendre les armes pour régler le différend. La couronne ne dispose alors que de très peu d’options, soit elle persiste dans une intransigeance et engage un conflit armé avec le malcontent, soit elle cherche à racheter la fidélité de ce noble, moyennant des charges et des honneurs. C’est ce dernier aspect que les nobles malcontents espèrent atteindre. C’est ainsi qu’est théorisé le devoir de révolte.

 

Dans les relations entre la noblesse et la couronne, les logiques de dons, de contre-dons, de ruptures des liens de fidélité, de mobilisation de réseaux pour défendre des intérêts personnels, vont favoriser l’avènement de stratégies, par le biais des révoltes qui deviennent de véritables armes politiques. Les grands aspirent à défendre la passion de leur grandeur, et chaque seigneur participe à ce jeu politique « rien de plus interchangeable que les positions de rebelles et de fidèles au roi »[3], particulièrement vrai durant la période des guerre de Religion, de la fin du XVIeme jusqu’au milieu du XVIIeme siècle. Dans cette logique, un noble se révolte dans l’attente d’un rachat de sa fidélité par la couronne.

 

Lesdiguières n’est pas le Noble protestant le plus représentatif de ces comportements, certainement trop prudent pour risquer une rupture totale avec la couronne. Il en est autrement pour Rohan, ce chef du parti huguenot au début du XVIIeme siècle qui, dans le contexte des guerres de religions et de son opposition à Marie de Médicis, va manifester son mécontentement à l’égard de la couronne, puis voir sa fidélité être rachetée à prix d’or, pour finalement demeurer rebelle aux yeux du pouvoir lorsque Louis XIII devient le roi. Son attachement au Parti huguenot le contraint à une opposition durable, et lorsque toute possibilité de voir sa fidélité rachetée par la couronne s’efface, il ne renonce pourtant pas à son engagement pour les protestants.

 

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[1] Stéphane Gal, Lesdiguières, Prince des Alpes et connétable de France, Grenoble, PUG, 2007.

[2] Arlette Jouanna, Le devoir de révolte, Paris, Fayard, 1989, p.108

[3] Ibid. p 214.

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