Lesdiguières (I) Dieu et le Roi au temps des Guerres de religion

 

L’histoire de Lesdiguières nous plonge dans les ambiguïtés et les désillusions des Guerres de religion. Venez découvrir cette figure méconnue de chef huguenot, homme d’épée dévoué à Dieu, et surtout, à son Roi…

 

UN CHEF HUGUENOT

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François de Bonne, né en avril 1543, est catholique par tradition familiale, mais dès ses 19 ans il entre dans l’armée calviniste, dont il prend le commandement suprême après l’exécution du Puy-Montbrun. En 1573 il devient le chef des protestants du Champsaur, puis lieutenant général au gouvernement du Dauphiné. Lesdiguières, commissaire pour l’application de l’édit de Nantes, s’affirme alors comme l’un des chefs protestants les plus assurés du royaume à la fin du XVIème siècle. Pendant toute la durée des guerres de Religion, jusqu’à la signature de l’édit de Nantes, Lesdiguières est le bras armé de la Réforme, s’engageant d’une manière pleine et entière à l’affirmation de ce Parti huguenot. Dès les années 1580, le contexte évolue, et la position de Lesdiguières fait de même. Alors que le jeu politique se complexifie, avec la création de la grande ligue ultra-catholique en 1584 et la succession à la tête du royaume de France en 1589 d’Henri de Navarre, qui peine à trouver une pleine adhésion autour de sa personne, Lesdiguières, qui incarnait jusqu’alors la rébellion, se métamorphose en représentant de l’ordre et de l’Etat royal. Il devient l’un des principaux hommes du nouveau roi, et œuvre au combat d’Henri IV, celui du rétablissement de l’Etat et de l’unité des Français. Devenu serviteur royal, Lesdiguières observe une constance dans son rapport à la couronne, demeurant dans une fidélité exemplaire même lors des révoltes de Rohan au début du XVIIème siècle.

 

DU REBELLE AU SERVITEUR DE L’ETAT

Cette métamorphose d’un rebelle en serviteur de l’Etat est un aspect crucial de la vie de Lesdiguières. L’assassinat d’Henri IV, provoque une « grande peur » en France[1], chacun craignant que les troubles de Religion reprennent. Les tensions ne s’évaporent pas et l’attitude des réformés face à la couronne est teintée de division, entre ceux qui adoptent une position dure, et ceux souhaitant négocier avec le pouvoir royal. Lesdiguières prend très vite position entre ces deux camps, et s’engage dès 1611 du côté des « prudents », plaidant pour la soumission aux autorités. Loin d’être un homme passif, Lesdiguières ne se contente pas de prôner l’obéissance sans agir, il s’attribue lui-même le rôle d’intermédiaire entre le pouvoir royal et les armées rebelles réformées, incarnées par le duc de Rohan. En tentant de résoudre et de résorber les tensions et les divisions, Lesdiguières se met à disposition du roi. En réalité, plus que sa propre personne, c’est ce qu’il représente qui est ici mis au service de la paix publique, son vécu des Guerres de religion, son ferme attachement à la réforme, sa position de chef de guerre reconnu et ses relations avec les autres grands protestants, sont autant d’aspects avantageux et utilisables afin de mener à bien cet office, ce devoir, dont il s’est rendu responsable, d’être le médiateur d’un conflit dont il faut absolument éviter l’embrasement.

Ainsi, l’une des singularités les plus évidentes de Lesdiguières réside dans son attachement à la paix publique. Sa constante volonté de préserver l’ordre public le fait agir autant par solidarité confessionnelle que par désir d’éviter tout motif de mécontentement, tant du côté réformé que catholique. Cette position, jugée ambiguë par certains de ses coreligionnaires, lui vaut quelques critiques acerbes, les protestants radicaux lui « reprochèrent d’avoir trop facilement délaissé le rude harnois du huguenot de guerre pour l’habit servile »[2]du « Huguenot de l’Etat »[3].

 

TRAHISON DE LA CAUSE OU FIDELITE AU ROI?

Suite à son abjuration, la fin de la vie de Lesdiguières semble être toute dévouée au catholicisme. Les spéculations et les politiques sont nombreuses autour de cette abjuration, car Lesdiguières, en compensation, accède à la plus haute charge du royaume, la connétablie ; il semble difficile de faire la part des choses

En somme, la foi de Lesdiguières correspond et s’inscrit dans une logique similaire à ce que nous avons pu observer jusqu’à présent : une approche rationnelle découlant d’une foi simple. La fidélité au roi est la vertu suprême, qu’il prône par dessus tout ; elle est le corollaire de la fidélité à Dieu.

Ainsi, son accession à la connétablie est certainement moins la récompense d’une abjuration qu’une récompense à une vie de fidélité toute entière vouée à la personne du roi. Il devient par là-même, « le représentant suprême de la personne du roi, conformément à la volonté exprimée par le roi lui-même ».

 

Pour aller plus loin, voir (mais aussi lire évidemment) la très belle biographie de Stéphane Gal sur ce personnage marquant, Stéphane Gal, Lesdiguières, Prince des Alpes et Connétable de France, PUG, 2013.

Pour une synthèse du contexte :

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[1]Michel Cassan, La Grande Peur de 1610. Les Français et l’assassinat d’Henri IV, Seyssel, Champ Vallon, 2010.

[2]Stéphane. Gal, Lesdiguières, Prince des Alpes et Connétable de France, Grenoble, PUG, 2013, p. 332.

[3]Récit de la mort du connétable de Lesdiguières et des cérémonies de son enterrement », Mercure François, 1626, Actes et correspondances du connétable de Lesdiguières, t. III, p. 467.

 

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