Le football, puissance spirituelle de l’ère du vide (2)

Tragédie de Hillsborough, 15 avril 1989. 96 morts, 766 blessés dans le stade de Sheffield Wednesday.

Bien entendu, l’intuition que le foot est une affaire spirituelle n’est pas nouvelle ; ses analogies avec la religion, qu’il a en somme remplacée, sont aussi soulignées ; mais, là encore, Robert Redeker va plus loin.

 

2. Parodie de religion à l’ère du vide

 

Car oui, la Coupe du monde active une communion de type mystique, les joueurs sont des demi-dieux dont la gloire communique un supplément d’existence à ceux qui les vénèrent ; oui le calendrier est un calendrier liturgique et la coupe des vainqueurs une sorte de calice des forts.

Mais la religion, comme les religions séculières que furent les totalitarismes, pointaient un au-delà, s’articulaient à un idéal ou à une transcendance. Le football, lui, ne pointe vers rien. Il est une monade, repliées sur elle-même, sur son propre néant. Ainsi, il n’est qu’une « parodie de religion pour l’ère du vide » : vide du jeu, vanité des paroles et des commentaires, néant de l’événement, nullité du sens. Sa vanité devrait nous sauter à la gorge.

Cette parodie de religion est la religion de l’ère du vide : elle célèbre du rien en instrumentalisant l’instinct grégaire de l’homme. L’homme-foule, excessivement dangereux car il ne s’appartient plus mais appartient à l’ensemble, dont on ne sait plus qui le conduit, trouve un allègement dans la disparition de son « je » grâce à la fête. Ce festivisme, qui libère une part archaïque de l’homme, ne connait pas la frontière entre célébration et guerre :

« La fête, effet de son ivresse, éclate toujours à la limite, en bord de barbarie. Elle y verse parfois, à l’exemple des émeutes sportives régulièrement meurtrières. C’est que le temps et l’état qu’elle quête ne manquent pas de ressembler à la mort (…) La noyade de l’individu dans un élément plus vaste que lui, son évanouissement, signalent la parenté de la fête avec la mort. » (p.119)

On aurait alors tort de croire que la violence, l’écrasement du plus faible ou les drames (comme la Tragédie de Hillsborough en 1989), sont des accidents ou des à côtés du football. Même si le football a participé à ce que Norbert Elias appelait « la civilisation des moeurs », c’est-à-dire à la pacification des rapports sociaux, il n’en demeure pas moins que la violence lui est consubstantielle. Elle est d’autant plus féroce quand elle explose qu’elle est contenue le reste du temps.

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